Culture

Çemberlitaş à Istanbul : un hammam qui fonctionne depuis 1584

Construit à Istanbul à l’époque de Mimar Sinan, le hammam Çemberlitaş fait encore vivre le bain ottoman autour d’un marbre chaud et de coupoles anciennes.

Façade et coupoles du hammam historique Çemberlitaş à Istanbul

Photo : Yair Haklai, CC BY-SA 4.0, recadrée.

À Istanbul, un hammam construit en 1584 accueille encore des visiteurs. Son nom, Çemberlitaş Hamamı, vient du quartier où il se trouve, près de la colonne de Constantin.

Il ne faut pas l’imaginer comme un sauna finlandais habillé de marbre. Le bain ottoman a ses propres salles, ses propres gestes et une architecture qui travaille avec la chaleur autrement.

Un bâtiment voulu par Nurbanu Sultan

Le site historique de Çemberlitaş Hamamı attribue la commande à Nurbanu Sultan, épouse du sultan Selim II et mère de Murad III. Les revenus du bain devaient soutenir l’ensemble religieux et charitable Valide-i Atik, situé à Üsküdar.

L’édifice est traditionnellement attribué à l’architecte Mimar Sinan, figure majeure de l’architecture ottomane, et sa date de construction de 1584 est liée à une inscription historique.

Le plus étonnant est que ce n’était pas une commande pour une salle de réception royale. C’était un équipement destiné au bain, mais capable de contribuer financièrement au fonctionnement d’autres institutions.

Pourquoi deux hammams côte à côte?

L’établissement a été conçu comme un double hammam, avec deux parties attenantes initialement prévues pour différents publics. Leurs espaces se répondent dans le plan du bâtiment.

Les grandes coupoles des salles de déshabillage, la lumière qui descend par le haut et les espaces de marbre contribuent à cette expérience. Dans la salle chaude, on retrouve la pierre centrale chauffée, appelée göbek taşı, et des bassins de marbre, les kurna, où l’on puise l’eau.

D’après l’histoire architecturale publiée par l’établissement, les parties chaudes comptent un centre à douze côtés et plusieurs alcôves. La technique sert ici une façon précise de se laver, et pas seulement l’effet spectaculaire d’un décor.

Un rituel avec du savon, de l’eau et un gant

Le hammam turc repose notamment sur un temps passé dans la chaleur, puis sur le lavage. Certains services proposent un gommage avec un gant kese et un savonnage à la mousse. Le site officiel de Çemberlitaş décrit ces prestations, mais le contenu exact dépend de la formule choisie.

Un visiteur ne doit pas confondre la pierre chauffée d’un hammam avec le poêle et les pierres d’un sauna sec. Notre article sur le hammam turc explique pourquoi ce sont deux pratiques différentes.

Ce que les murs ont traversé

Istanbul s’est transformée autour du monument. Le niveau des rues a changé, les accès ont été adaptés et les habitudes des baigneurs ont évolué. Pourtant, on entre encore dans ce lieu pour un rituel lié à sa fonction d’origine.

C’est aussi ce qui distingue Çemberlitaş d’un décor historique construit récemment. Le quartier a changé, mais le bâtiment continue à servir au bain.

Pour une autre trace de la présence ottomane loin d’Istanbul, les bains Rudas à Budapest ont conservé un bassin sous une coupole du XVIe siècle. Deux villes, deux manières d’avoir fait durer l’architecture de l’eau chaude.

Sources consultées