Culture

Sandouny : pourquoi les bains de Moscou ressemblent-ils à un palais?

Ouverts en 1808 puis reconstruits à la fin du XIXe siècle, les bains Sandouny de Moscou réunissent histoire du théâtre, salles somptueuses et tradition de la bania.

Intérieur historique des bains Sandouny à Moscou, salle ornée de boiseries et de luminaires

Photo : Andreykor, CC BY-SA 4.0, recadrée.

Quand on imagine un bain public, on ne pense pas forcément à des lustres, à des boiseries sculptées et à des salles dignes d’un théâtre. Pourtant, c’est exactement ce qui surprend aux bains Sandouny, au centre de Moscou.

On vient pour la bania, la tradition russe du bain de vapeur. Mais une partie de l’établissement ressemble à un palais. Et cette apparence n’est pas un décor ajouté récemment pour les photos.

Au départ, un couple de comédiens

L’histoire commence avec Sila Sandounov, acteur d’origine géorgienne, et son épouse Elizaveta Ouranova, chanteuse et actrice. Leur nom reste associé à l’ouverture de l’établissement, le 8 septembre 1808.

Selon l’histoire publiée par les bains Sandouny, l’impératrice Catherine II était intervenue en faveur de leur mariage et leur avait offert un collier précieux. La vente de ce cadeau aurait contribué au financement des bains. C’est un récit raconté par l’établissement lui-même, pas un détail qu’on aurait personnellement vérifié dans les comptes du couple.

L’origine géorgienne du fondateur crée d’ailleurs un curieux pont avec les bains sulfureux de Tbilissi. Pourtant, les techniques ne sont pas identiques : à Moscou, c’est la vapeur et la chaleur de la bania qui occupent le premier plan.

Le palais date surtout de 1896

Le complexe d’aujourd’hui ne doit pas être confondu avec les premières salles de 1808. Les propriétaires ont changé au fil du XIXe siècle. Après le passage de l’établissement à la famille Firsanov, Vera Firsanova et son mari Alexeï Ganetski ont fait reconstruire les bains entre 1894 et 1896.

La réouverture du nouveau complexe a eu lieu le 14 février 1896, selon la chronologie officielle. C’est cette grande campagne de travaux qui explique une large part de l’architecture spectaculaire encore associée à Sandouny.

On n’a pas simplement agrandi une pièce chaude. Le projet incluait des équipements techniques ambitieux pour l’époque et des intérieurs conçus pour impressionner.

Des salons, une piscine et une bania

Le site officiel décrit plusieurs catégories de bains et des espaces séparés pour les hommes et les femmes. Certaines salles possèdent des salons de repos richement décorés, tandis que d’autres mettent davantage l’accent sur la vapeur, le lavage et les bassins.

Il existe aussi des espaces privatisables. La formule choisie change donc beaucoup l’expérience. Une salle ornée photographiée pour illustrer Sandouny n’est pas nécessairement l’endroit où tout le monde prend son bain.

Dans la bania russe, la chaleur humide, le repos et l’usage traditionnel des rameaux de bouleau ou de chêne, souvent appelés venik, font partie des pratiques connues. Le rituel dépend cependant du lieu et de la séance. Notre article sur le sauna russe et la bania explique mieux ce qui la distingue du sauna finlandais.

Toujours des bains, pas seulement un monument

L’aspect le plus curieux est peut-être là : Sandouny n’est pas simplement un bâtiment historique réaffecté en musée. Les bains Sandouny présentent encore des services de bains publics et privés. Le site montre aussi des salles historiques, mais il ne faut pas supposer que tous les visiteurs ont accès à tous ces décors avec un billet ordinaire.

Mieux vaut vérifier les catégories d’accès et les horaires auprès de l’établissement avant une éventuelle visite.

Deux siècles après leur ouverture, ces bains racontent une histoire particulière : un besoin quotidien, se laver et se retrouver, a parfois inspiré une architecture aussi ambitieuse que celle des lieux de spectacle.

Sources consultées