Tbilissi : des bains sulfureux au cœur de la ville
Dans le quartier d’Abanotubani, les bains sulfureux de Tbilissi sont alimentés par des sources naturellement chaudes. Pourquoi ces coupoles font-elles partie de l’identité de la ville?
Photo : Armenian World, CC BY 4.0, recadrée.
Vous marchez dans le vieux Tbilissi et, au détour d’une rue, des coupoles de brique dépassent à peine du sol. Ce ne sont ni des caves ni des toits de maisons ordinaires. Sous ces dômes se trouvent des bains alimentés par les sources chaudes de la ville.
Le quartier s’appelle Abanotubani. Son histoire est si étroitement liée à celle de la capitale géorgienne que les bains font même partie du récit de sa fondation.
Une ville née d’une source chaude?
La légende locale raconte que le roi Vakhtang Gorgasali, au Ve siècle, aurait découvert des eaux brûlantes pendant une chasse. Il aurait alors décidé de développer une ville à cet endroit. L’histoire varie dans ses détails selon les versions. Ce n’est pas un acte de fondation qu’on peut vérifier comme une facture de construction.
Le lien avec la chaleur, lui, est bien réel. Le nom Tbilissi est traditionnellement rapproché du mot géorgien tbili, « chaud ». L’administration nationale du tourisme de Géorgie rappelle cette association entre le nom de la ville et ses sources thermales.
Pourquoi les bains sont-ils enterrés?
Les salles sont en grande partie aménagées sous le niveau de la rue. Au-dessus, les petites coupoles en brique les rendent immédiatement reconnaissables. Elles servent aussi à gérer l’air et la chaleur des espaces intérieurs. Certaines installations sont sobres, d’autres présentent des mosaïques et des salles plus décorées.
La façade colorée des bains Orbeliani, parfois appelée Chreli Abano, attire le regard avec ses carreaux bleus et son grand portail. Mais tous les établissements du quartier ne ressemblent pas à un palais. C’est justement ce mélange qui rend Abanotubani intéressant à parcourir.
Georgia Travel, le portail officiel du tourisme géorgien, décrit ces coupoles, l’architecture intérieure et l’eau issue des sources sulfureuses.
Se laver, discuter, négocier
Historiquement, ces bains n’étaient pas seulement destinés aux visiteurs. On y venait pour se laver, rencontrer des connaissances et parfois discuter d’affaires. Leur importance sociale explique qu’ils aient traversé plusieurs époques, même si les bâtiments et les habitudes ont changé.
Le site officiel Georgia Travel évoque aussi le passage d’Alexandre Dumas à Tbilissi au XIXe siècle et son intérêt pour ces bains. L’endroit avait déjà une réputation bien avant l’arrivée du tourisme contemporain.
Aujourd’hui, le quartier comprend des bains communs et des espaces privés. L’offre, les tarifs et les règles d’accès varient selon l’établissement. Une séance peut comporter un bain chaud, un lavage et un gommage traditionnel, mais ce n’est pas une formule universelle.
Ce n’est pas un sauna finlandais
La distinction compte. Dans un sauna traditionnel, on chauffe d’abord une pièce et on peut verser de l’eau sur des pierres chaudes. À Abanotubani, l’élément central est l’eau thermale naturellement chaude, riche en composés soufrés. La source de chaleur et le rituel ne sont donc pas les mêmes.
On peut aimer les deux sans prétendre qu’il s’agit d’une seule tradition. Et si vous êtes curieux des bains monumentaux d’une autre culture, l’histoire des bains Sandouny à Moscou offre un contraste étonnant.
Le véritable intérêt d’Abanotubani n’est pas une liste de prétendus bienfaits médicaux. C’est de voir comment une ville peut conserver, dans son centre historique, un usage collectif de l’eau chaude vieux de plusieurs siècles.