Culture

Spa Eastman : des biscuits pour financer un rêve devenu spa

Avant les retraites de bien-être, Jocelyna Dubuc enseignait. En 1977, elle fonde à Eastman un centre qui deviendra l’une des adresses marquantes du mieux-être québécois.

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Spa Eastman Eastman, Canada · Sur réservation Google Maps

Un spa qui propose des retraites, des bains, de la cuisine et des conférences, cela semble aujourd’hui assez normal. En 1977, dans un village des Cantons-de-l’Est, l’idée était nettement moins évidente.

C’est là que Jocelyna Dubuc lance ce qui deviendra le Spa Eastman. Son parcours ne commence pas avec un groupe hôtelier ou un fonds d’investissement. Il commence après une carrière dans l’enseignement et, détail plutôt inattendu, avec la vente de biscuits.

Du tableau noir à un centre de santé

Formée en histoire et en géographie, Dubuc enseigne avant de changer d’orientation. Elle s’intéresse aux pratiques de détente, à la méditation et à l’alimentation, et voyage notamment en Inde.

Pour amasser une mise de fonds, elle vend des biscuits santé. Le portrait paru dans le Journal de Québec en 2017 rapporte cette étape peu commune pour un projet hôtelier.

En 1977, elle fonde le Centre de santé Eastman. Au départ, l’entreprise ressemble davantage à un petit lieu de séjour et de ressourcement qu’à l’immense catégorie commerciale que recouvre aujourd’hui le mot spa.

Ce qui fait la différence, ce n’est pas l’invention du sauna au Québec. C’est l’idée de réunir dans un même séjour l’hébergement, l’alimentation, le mouvement, le repos et des activités encadrées.

Un menu qui a lui aussi une histoire

Les premières années, le centre propose une alimentation strictement végétarienne. Puis l’offre culinaire évolue. Dubuc l’expliquait elle-même dans un texte sur la cuisine du Spa Eastman : la carte a changé au fil des décennies, sans que les repas cessent d’occuper une grande place dans l’expérience.

C’est un bon rappel : un établissement peut conserver une identité tout en modifiant ses pratiques. Il n’est pas nécessaire de figer le menu de 1977 pour raconter fidèlement son histoire.

Les discours de bien-être d’un exploitant ne remplacent évidemment pas les preuves médicales. Dans ce récit, le sujet est la naissance et le développement d’une entreprise, pas la promesse de guérir quoi que ce soit avec un bain ou un dîner.

Grandir sans devenir simplement un hôtel

Le centre se développe dans les Cantons-de-l’Est, au contact des forêts et des sentiers. La fondatrice conserve un rôle public important dans l’entreprise. En 2019, la Chambre de commerce de Sherbrooke la reconnaît comme Grande Estrienne, mettant en valeur plusieurs décennies d’entrepreneuriat.

Puis, en 2022, Spa Eastman annonce de nouveaux pavillons d’hébergement écologiques, les Oasis. Le projet s’inscrit dans un souci de construction et d’exploitation plus durable, défendu de longue date par l’entreprise.

On ne peut pas juger la performance environnementale d’un bâtiment seulement à partir d’un communiqué. Mais le choix du projet est intéressant : près d’un demi-siècle après les premiers séjours, l’établissement cherche encore à changer la façon dont ses visiteurs habitent temporairement le site.

Une petite idée devenue une industrie

Aujourd’hui, les spas sont nombreux en Estrie et ailleurs au Québec. Le Spa Eastman a, lui, traversé plusieurs époques de ce marché. L’histoire de Jocelyna Dubuc montre qu’avant de devenir un produit touristique familier, le séjour de mieux-être était aussi un pari entrepreneurial.

On peut préférer un spa autour d’un lac, comme BALNEA, ou une formule de retraite avec repas et activités. Le plus intéressant reste de comprendre comment des modèles aussi différents sont apparus dans une même province.

Pour visiter : Spa Eastman se trouve au 895, chemin des Diligences, à Eastman. L’établissement propose des séjours et des formules à la journée, mais ne vend pas un simple billet « bains seulement » selon sa page d’information. Il faut vérifier le contenu du forfait avant de partir.

Sources consultées