Un sauna dans l'espace : pourquoi la douche de la station Mir a été abandonnée
En 1989, la station spatiale Mir reçoit une douche dans le module Kvant-2. Transformée en cabine de chaleur, elle finit découpée pour faire place à un autre équipement.
Sur Terre, on ouvre un robinet et l’eau tombe. Dans l’espace, elle ne tombe pas. C’est le petit détail qui transforme une douche ordinaire en équipement compliqué, presque extravagant.
En 1989, les concepteurs de la station soviétique Mir ont pourtant tenté d’offrir aux cosmonautes une vraie installation pour se laver. Elle allait finir par servir surtout de sauna sec, avant d’être démontée pour libérer de la place.
Une douche livrée par le module Kvant-2
La station Mir est en orbite depuis 1986 lorsqu’elle reçoit, à la fin de 1989, le module scientifique Kvant-2. Il apporte notamment des équipements de sortie dans l’espace, de nouveaux systèmes de survie et des installations de lavage.
Dans sa présentation historique de Mir, la NASA confirme expressément que Kvant-2 comprend une douche. À l’époque, la station accueille des équipages qui passent des mois loin de la Terre. Pouvoir se laver autrement qu’avec une serviette humide semble une amélioration très concrète.
Mais il ne suffit pas d’envoyer une cabine et un pommeau en orbite. Il faut aussi inventer ce qui remplace la gravité.
Le problème, c’est l’eau
Une douche terrestre fonctionne en partie parce que l’eau s’écoule vers le sol, puis dans un drain. En apesanteur, elle adhère aux surfaces, au corps et aux parois, ou se sépare en gouttes flottantes.
La douche de Kvant-2 utilise donc un pulvérisateur et un système qui récupère l’eau pour son traitement. Un article technique consacré aux futures douches spatiales décrit aussi une circulation d’air chaud autour de la cabine.
Tout cela demande du temps, des manipulations et du nettoyage. Dans un entretien accordé à l’émission NOVA de PBS, un astronaute américain ayant séjourné sur Mir explique pourquoi l’équipage ne disposait plus d’une douche utilisable au moment de sa mission : dans une cabine sans pesanteur, récupérer toute l’eau pouvait devenir un travail interminable.
Pour les habitants de la station, la solution la plus pratique restait souvent de se laver avec des lingettes, de l’eau en petites quantités et des produits ne nécessitant pas de rinçage.
De la douche au « sauna spatial »
C’est ici que l’histoire prend une tournure typiquement humaine : après tant d’efforts pour installer une douche, on lui trouve un autre usage.
Dans leur étude A Multi-Purpose Astronaut Shower for Long-Duration Microgravity Missions, des chercheurs indiquent que la douche de Mir a surtout été utilisée comme cabine de sauna sec pendant ses deux dernières années de service.
Il existe aussi des récits de bania et de vapeur à bord des stations soviétiques. Il faut toutefois distinguer les installations de lavage, les expériences de chaleur et le sauna finlandais traditionnel : les sources ne décrivent pas toutes exactement le même dispositif. Rien ne permet de présenter Mir comme un établissement thermal complet, avec bancs de bois et poêle à pierres.
Le mot sauna désigne donc ici une fonction de chaleur, obtenue grâce à une cabine réemployée, et non une salle de sauna construite comme celle que l’on trouve dans une bania russe.
Le dernier coup de chaleur est venu de la mécanique
La douche reconvertie n’a pas fini ses jours comme un équipement de loisirs pour cosmonautes.
Selon cette même étude technique, elle est démontée en 1995 afin de laisser de la place à un gyrodine, un équipement de contrôle d’orientation de la station, lorsque les systèmes existants commencent à connaître des difficultés. Le choix est brutal, mais facile à comprendre : en orbite, chaque mètre cube doit justifier son utilité.
La station Mir poursuivra sa mission jusqu’en 2001. Sa douche n’aura pas survécu aussi longtemps qu’elle.
Pourquoi cette idée n’a-t-elle pas gagné ?
Aujourd’hui encore, sur la Station spatiale internationale, les astronautes font principalement leur toilette sans douche conventionnelle. Le National Air and Space Museum explique les raisons de cette solution : consommation d’eau, récupération des liquides, entretien et simplicité opérationnelle.
L’ironie est jolie. Les ingénieurs avaient réussi à transporter une douche dans l’espace, puis des occupants avaient trouvé plus simple d’en faire une cabine chaude. À la fin, on a préféré garder la machine qui aide la station à s’orienter plutôt que celle qui permettait à ses habitants de prendre un bain.
Sources
- NASA, histoire et équipements du module Kvant-2.
- Étude technique, A Multi-Purpose Astronaut Shower for Long-Duration Microgravity Missions, section consacrée à Mir.
- PBS NOVA, questions et réponses avec un astronaute ayant vécu à bord de Mir.
- Smithsonian National Air and Space Museum, pourquoi la douche n’a pas été retenue sur l’ISS.
- NASA, photographie de la station Mir prise par l’équipage de STS-71 en 1995, domaine public.