Ryugyongwon : les saunas au sel et aux stalactites de Pyongyang
En 2012, Ryugyongwon ouvre à Pyongyang avec des salles chaudes au pin, au sel et aux stalactites. Pourquoi ce nouvel établissement surprend-il ?
Photo : Laika ac, CC BY-SA 2.0, recadrée.
Une pièce chauffée et tapissée de sel, une autre qui évoque le bois de pin, une troisième associée aux stalactites. On pourrait imaginer un nouveau spa conçu pour attirer des touristes. Ces installations appartiennent pourtant à un établissement de Pyongyang, en Corée du Nord : Ryugyongwon.
Son ouverture en 2012 marque une nouvelle étape dans la manière dont le pays présente ses espaces de bain publics.
Après les grands bassins, les salles à thème
Pyongyang possédait déjà Changgwangwon, immense complexe ouvert en 1980 avec bains, piscines et coiffure. Trente-deux ans plus tard, Ryugyongwon Health Complex vient proposer une formule différente, décrite en 2019 par KBS World.
La salle chaude n’est plus seulement un endroit pour transpirer. Elle devient une expérience en elle-même, avec des matériaux et des décors associés au pin, au sel ou aux formes de grotte.
Les reportages sud-coréens rapprochent certaines de ces installations du jjimjilbang, espace coréen de repos et de chaleur. Cela ne signifie pas qu’il s’agisse partout de saunas finlandais : le bain chaud, les salles chauffées et les autres services forment un ensemble différent.
Pourquoi des stalactites dans une sauna ?
Le détail le plus surprenant est cette salle qui évoque une grotte. KBS rapporte que certains visiteurs attribuent aux matériaux des bienfaits pour la santé. Il faut traiter ces propos comme des croyances ou arguments de présentation, pas comme des effets médicaux démontrés.
Le choix de matériaux fait cependant partie de l’histoire. Le nouveau complexe ne vend pas seulement une douche ou l’accès à de l’eau chaude : il présente plusieurs ambiances de chaleur, comme une destination de loisirs.
Un reportage de MBC diffusé en 2015 décrivait notamment des salles chaudes au pin et au sel, en soulignant l’apparition de ce type d’aménagement dans le pays.
Un bâtiment suivi jusque dans ses détails
Ryugyongwon fait aussi partie des grands projets publics mis en avant par les autorités nord-coréennes. Des communiqués officiels cités dans les comptes rendus de 2012 décrivent plusieurs inspections de Kim Jong-un pendant le chantier.
Il faut lire ces récits avec distance : ils documentent la manière dont le pouvoir veut présenter le lieu, pas la satisfaction réelle de tous ses visiteurs ni l’accès à de telles installations dans l’ensemble du pays.
Pour se faire une idée concrète de l’extérieur du bâtiment, on trouve une photographie prise en 2014 sur Wikimedia Commons. Elle montre le complexe à une date précise, et non son état garanti en 2026.
Une bania devenue vitrine de loisirs
L’histoire de Ryugyongwon tient dans ce contraste. Là où le bain collectif pouvait d’abord répondre à un besoin aussi basique que l’eau chaude, un établissement prestigieux est conçu autour du choix entre plusieurs espaces chauffés.
On ne peut pas en conclure que tous les Nord-Coréens disposent d’un spa moderne à proximité. Mais Ryugyongwon montre une transformation très réelle de l’image du bain public à Pyongyang : de la nécessité quotidienne vers une mise en scène de la détente.
Pour comprendre le point de départ, il faut regarder l’ancien complexe Changgwangwon : les deux bâtiments ne racontent pas tout à fait la même époque.