Culture

Radium Hot Springs : pourquoi ces bains portent-ils un nom radioactif ?

Des traces de radon ont donné leur nom à ces sources de Colombie-Britannique. Puis leur pavillon a brûlé, avant de renaître sous la forme d'un bâtiment moderniste.

Aquacourt et piscine de Radium Hot Springs dans les montagnes du parc Kootenay

Photo : Matthias Süßen, CC BY-SA 4.0, recadrée.

Radium Hot Springs. Aujourd’hui, appeler un bassin public du nom d’un élément radioactif semblerait être une idée de marketing assez difficile à défendre.

Pourtant, c’est bien le nom de l’une des grandes destinations thermales de la Colombie-Britannique, au cœur du parc national Kootenay. Et le plus intéressant, c’est que l’histoire du lieu ne se résume pas à son nom étrange : il y a aussi un propriétaire exproprié, un incendie et une piscine moderniste construite au fond d’un canyon.

Pourquoi « Radium » ?

Au départ, le lieu est connu sous le nom de Sinclair Hot Springs. Les sources et les terres alentour sont fréquentées depuis longtemps par les peuples autochtones, notamment les Ktunaxa et les Secwépemc, bien avant que des Européens imaginent d’y aménager un établissement de bains.

En 1890, un Anglais, Roland Stuart, achète le terrain entourant les sources pour 160 $. Il aménage progressivement le site et fait construire, en 1914, une piscine en béton, un pavillon en rondins et quelques installations pour accueillir les visiteurs.

Puis, en 1915, tout change de nom. Selon Parcs Canada, des chercheurs de l’Université McGill découvrent des traces de radon dans l’eau. Stuart rebaptise alors le site Radium Hot Springs.

Petite nuance chimique : le radon est un gaz radioactif, tandis que le radium est un élément métallique radioactif. Le nom des bains évoque le second, mais c’est la détection du premier qui a motivé le changement. Ce nom n’est pas une preuve d’effet thérapeutique, ni une raison de tirer des conclusions sur la sécurité actuelle des bassins.

Des sources privées au parc national

En 1922, Stuart perd sa propriété par expropriation. Les sources sont intégrées au parc national Kootenay, et le site poursuit sa vie sous administration publique.

Ce n’est pas la seule histoire canadienne où une source chaude soulève des questions de propriété et d’accès. À Banff, la dispute autour de Cave and Basin a joué un rôle dans les débuts des parcs nationaux.

À Radium, on construit un nouveau pavillon en 1927. Les visiteurs viennent pour l’eau chaude et le décor du canyon Sinclair. L’ensemble paraît installé pour durer.

Jusqu’à un matin de février.

Le pavillon part en fumée

Le 20 février 1949, à 5 h, le bâtiment de 1927 prend feu. Il est entièrement détruit.

Les autorités ne se contentent pas de reconstruire une version du vieux pavillon. Dès l’été, un autre chantier commence. Le projet porte un nom qui sonne comme une promesse de modernité : Aquacourt.

L’architecte Ernest T. Brown dessine un ensemble de béton et de pierre, avec de grandes lignes horizontales, des toits plats et un bâtiment en forme de U autour du bassin d’eau fraîche.

Le contraste avec les pavillons rustiques traditionnels des parcs canadiens est saisissant. L’Aquacourt annonce une architecture plus moderne, pensée pour le tourisme d’après-guerre, sans quitter son spectaculaire canyon.

Mille personnes pour une piscine

Le 19 mai 1951, plus de 1 000 personnes assistent à l’inauguration. La reconstruction aura coûté 958 653 $, d’après l’historique officiel de Parcs Canada.

L’Aquacourt devient le premier grand chantier réalisé dans les parcs nationaux de l’Ouest après la Seconde Guerre mondiale. Le bâtiment sera ensuite reconnu comme édifice fédéral du patrimoine classé.

Autrement dit, on ne vient pas seulement nager dans un bassin chauffé par la nature. On entre aussi dans un petit morceau d’histoire architecturale canadienne.

Et aujourd’hui, on peut encore s’y baigner ?

Oui. Le complexe est toujours exploité par Parcs Canada, avec un bassin thermal et un bassin de natation. L’eau du bassin chaud se situe généralement entre 37 et 40 °C. Les horaires, tarifs et conditions d’accès peuvent changer : mieux vaut les consulter sur la page officielle de Radium Hot Springs avant de se déplacer.

En 2024, Parcs Canada a annoncé la fin d’environ 29 millions de dollars de travaux de modernisation, touchant notamment les équipements, l’accessibilité et la protection du bâtiment contre l’érosion et les inondations.

Le nom, lui, n’a pas changé.

On pourrait croire que le fait le plus bizarre de Radium Hot Springs est d’avoir baptisé des bains d’après la radioactivité. Mais son histoire tient dans un contraste encore meilleur : un lieu de baignade ancien, transformé en attraction moderne après un incendie, que le Canada continue aujourd’hui de restaurer comme un monument.

Sources consultées