Liard River Hot Springs : une « vallée tropicale » dans le Grand Nord canadien
En Colombie-Britannique, des sources chaudes gardent des marais ouverts au milieu de la forêt boréale. Orchidées, plantes carnivores et histoire de l'Alaska Highway.
Sur la route de l’Alaska, dans le nord de la Colombie-Britannique, on s’attend à voir des épinettes, des orignaux et des kilomètres de forêt. Pas vraiment une « vallée tropicale ».
Pourtant, c’est le surnom qu’on donnait autrefois aux Liard River Hot Springs. L’explication est sous nos pieds : des sources chaudes entretiennent ici des marais qui ne gèlent pas comme le reste du paysage.
Et ce n’est pas seulement un endroit où prendre un bain.
Un marais qui refuse de geler
L’eau remonte du sous-sol et alimente un réseau de mares et de marécages tièdes, au lieu de s’écouler directement dans une rivière voisine. Selon BC Parks, cette particularité crée un microclimat au milieu de la forêt boréale.
On trouve notamment des orchidées, de grandes fougères et des plantes carnivores comme les droséras. Ces dernières sont parfaitement réelles : le sol pauvre en nutriments favorise certaines plantes capables de capturer de petits insectes.
Le site n’est évidemment pas devenu tropical. Mais cette poche de chaleur suffit à changer la végétation, la saison de croissance et l’allure du paysage. Même en hiver, certaines parties peu profondes des marais restent libres de glace.
L’autoroute qui a amené les baigneurs
Bien avant les routes, les peuples autochtones connaissaient la région et y circulaient. La présence des sources apparaît dans des écrits de la Compagnie de la Baie d’Hudson dès 1835, selon les archives des noms géographiques de la Colombie-Britannique.
Le grand changement arrive pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1942, l’armée américaine construit une première passerelle et des aménagements pour se baigner pendant les travaux de l’Alaska Highway.
Ce coin de forêt devient une halte connue des voyageurs. Le parc provincial est finalement créé en 1957.
C’est une trajectoire assez particulière : un lieu de sources naturelles fréquenté depuis longtemps, réaménagé à l’époque d’une route militaire, puis protégé pour sa biodiversité.
Un bain au milieu d’un habitat fragile
Aujourd’hui, les visiteurs traversent les marais sur une passerelle en bois avant d’atteindre Alpha Pool, le bassin ouvert au public. L’eau y est naturellement très chaude, avec des températures qui varient selon les zones. Il faut suivre les consignes du parc et éviter les parties trop chaudes.
La passerelle a une autre fonction : protéger les plantes et le sol autour des sources. BC Parks demande de ne pas la quitter et interdit le savon et le shampoing dans les eaux thermales.
Ce n’est donc pas le même genre d’histoire que Cave and Basin à Banff, où un conflit autour d’une source a contribué à la naissance du premier parc national du pays.
À Liard River, le détail le plus étonnant n’est même pas qu’on puisse se baigner dehors en plein Nord.
C’est qu’une source chaude a réussi à fabriquer un petit monde végétal différent, au milieu de la forêt.
Sources consultées
- BC Parks, Liard River Hot Springs Park : géologie, flore, accès, histoire des bains et protection du site.
- BC Geographical Names, Liard Hot Springs : histoire du nom, présence autochtone, premiers écrits et aménagements de 1942.