Culture

Huaqing : les bains où l'empereur de Chine avait son bassin privé

Près de Xi’an, des bassins de la dynastie Tang ont été retrouvés sous un ancien palais. L’un était réservé à l’empereur, un autre à sa célèbre favorite.

Vestiges du bassin de Yang Guifei au palais Huaqing, près de Xi'an, en Chine

Photo : Alex Kwok, CC BY-SA 3.0, recadrée.

On peut construire un spa impressionnant avec beaucoup d’argent. Mais faire construire un bassin réservé à sa favorite, dans un palais alimenté par des sources chaudes, c’est une autre catégorie de projet.

Près de Xi’an, en Chine, le palais Huaqing rappelle une époque où le bain chaud était aussi une affaire de pouvoir impérial. Le site conserve les vestiges de bassins utilisés à la cour de la dynastie Tang, il y a plus de 1 200 ans.

Et ce ne sont pas simplement des bains reconstruits pour les touristes.

Un palais construit autour de l’eau chaude

Huaqing se trouve au pied du mont Li, dans l’actuel district de Lintong. Les sources de cet endroit attiraient des souverains bien avant les Tang, mais c’est sous l’empereur Xuanzong, au VIIIe siècle, que les bains entrent dans l’une des histoires les plus célèbres de la Chine impériale.

Le palais servait de résidence et de lieu de détente à la cour. Selon le site officiel de Huaqing Palace, le complexe comprend aujourd’hui un musée des bains impériaux ainsi que plusieurs lieux liés à l’histoire du palais.

Ce qui rend le site particulier, ce n’est pas seulement l’architecture. C’est la découverte de ce qui se trouvait en dessous.

Des bassins retrouvés en 1982

En 1982, des travaux sur le site mettent au jour des vestiges de bains de l’époque Tang. Les fouilles révèlent plusieurs bassins de formes et de fonctions différentes. Une étude universitaire publiée dans Heritage examine ces découvertes et leur rapport à l’eau, à la nature et à la représentation du pouvoir.

Parmi les vestiges, deux bassins sont particulièrement connus :

  • Le bassin du Lotus, associé à l’empereur Xuanzong.
  • Le bassin du Bégonia, aussi appelé bassin de la favorite impériale, associé à Yang Guifei.

Le second se distingue par son contour en forme de fleur. Il ne s’agit pas de dire que chaque pierre visible est restée intacte depuis le VIIIe siècle : ce sont des vestiges archéologiques présentés dans un musée, avec des aménagements de protection plus récents.

Mais la forme des bassins est bien réelle. On voit comment les espaces de baignade étaient différenciés selon la place occupée à la cour.

Une histoire d’amour devenue une histoire nationale

Yang Guifei est restée célèbre pour sa relation avec Xuanzong. La littérature chinoise, notamment le poème Le Chant des regrets éternels de Bai Juyi, a transformé leur histoire en un récit qui dépasse largement les murs du palais.

C’est là qu’il faut garder les deux pieds sur terre. Les bains et le palais sont documentés. Les dialogues, les sentiments et les scènes romantiques racontés des siècles plus tard appartiennent à la littérature. Les deux se croisent à Huaqing, sans être la même chose.

Peut-on encore se baigner dans ces bassins?

Non, pas dans les bassins archéologiques. Ils font partie du patrimoine à visiter. Le complexe touristique possède par ailleurs des activités thermales modernes, distinctes des vestiges de la cour des Tang. Le site du palais présente séparément ces expériences.

Voilà une différence importante avec une salle de sauna encore utilisée depuis plusieurs générations : à Huaqing, on observe surtout la trace matérielle d’une pratique historique.

Les bains Rudas à Budapest, eux, permettent un autre genre de comparaison, avec une architecture ottomane toujours intégrée à un établissement thermal actif.

À Huaqing, ce qui me frappe, c’est le détail le plus simple : même au sommet de l’empire, on construisait des bassins pour profiter de l’eau chaude. Seule la liste des personnes autorisées à y entrer était un peu plus courte.

Sources consultées