Culture

Au Caire, les hammams disparaissent : que sont devenus les bains du quartier ?

Le Caire comptait autrefois plus d’une centaine de hammams. Pourquoi ces bains publics se sont-ils raréfiés, et que reste-t-il du hammam du sultan Inal ?

Intérieur du hammam historique du sultan Inal au Caire, photographié en 2015
Hammam du sultan Inal Le Caire, Égypte · Accès à vérifier Google Maps

Photo : Sailko, CC BY 3.0, recadrée.

On pouvait autrefois entrer au hammam pour se laver et en ressortir en sachant ce qui se passait dans le quartier. Au Caire, le bain public était aussi un endroit où l’on croisait ses voisins, où l’on échangeait des nouvelles et où l’on passait du temps.

Aujourd’hui, certains de ces bâtiments se visitent comme des monuments. Le lieu qui servait à prendre un bain est devenu un endroit où l’on vient regarder comment on prenait un bain. Ce changement raconte une partie de l’histoire de la ville.

Quand le hammam faisait partie de la rue

Le gouvernorat du Caire rappelle que les savants accompagnant l’expédition française avaient relevé plus d’une centaine de hammams dans la ville. Ces bains n’étaient pas nécessairement mixtes : certains accueillaient séparément les hommes et les femmes, d’autres leur réservaient des horaires différents.

On s’y lavait, mais on y rencontrait aussi des gens. Des discussions ordinaires pouvaient devenir des échanges d’informations ou même des affaires. Avant les salles de bain individuelles, le hammam rendait un service très concret, dans un cadre collectif.

Le parcours était pensé pour le corps autant que pour la conversation : vestiaire, salle tempérée, salle plus chaude, eau pour se laver, parfois massage. Un hammam égyptien n’est donc pas simplement un sauna finlandais auquel on aurait ajouté de la vapeur.

La salle de bain entre dans les maisons

Ce qui a progressivement changé n’était pas forcément la température des bains. C’était leur utilité.

Avec l’évolution des logements, des équipements domestiques et des habitudes de soin, il devenait moins nécessaire de sortir pour se laver. Les salons de beauté et les spas ont récupéré une partie des usages sociaux et des rituels. Le gouvernorat du Caire explique que les anciens hammams suscitent encore un intérêt, mais bien plus faible qu’autrefois.

Le déclin touche aussi les bâtiments. En 2008, Fodil Fadli et Magda Sibley documentaient les difficultés de conservation des hammams encore présents : restaurations longues, manque de moyens et de savoir-faire spécialisé, bâtiments insuffisamment protégés.

Le gouvernorat du Caire ne recensait plus que sept hammams subsistants dans son inventaire publié. Ce nombre décrit un patrimoine répertorié à une certaine date, pas sept établissements nécessairement ouverts pour une séance aujourd’hui.

Le hammam du sultan Inal : du bain au patrimoine

Sur la rue Al-Muizz, le hammam du sultan Inal, construit en 1456, montre ce qui peut survivre. L’autorité égyptienne des monuments décrit ses salles et son ingénieux circuit d’eau chauffée : un puits, une roue élévatrice, un four et des conduits alimentaient les espaces du bain.

Le visiteur peut aujourd’hui découvrir cet ensemble dans le cadre du patrimoine historique du Caire. Il faut toutefois distinguer visiter un ancien hammam et réserver une séance de bain : la fiche officielle propose des billets de visite, pas une prestation thermale.

C’est là que l’histoire devient presque ironique. On conserve les salles, les coupoles et la mécanique de l’eau précisément parce que le geste quotidien qui leur donnait vie a largement disparu.

Ce qui disparaît avec l’eau chaude

Un hammam n’était ni seulement un service d’hygiène, ni seulement une architecture admirable. C’était un rythme de quartier. Restaurer un édifice sauve des murs; retrouver les conversations, les habitudes et les métiers qui s’y croisaient est une autre affaire.

Nous avons déjà raconté le rôle social du hammam turc. Le Caire montre ce qui arrive lorsque cette culture cesse d’être une nécessité ordinaire, puis devient un patrimoine à protéger.