SADEN : un train japonais termine sa carrière dans un sauna
À Shimoyoshida, près du mont Fuji, la compagnie Fujikyuko transforme une ancienne rame de voyageurs en deux saunas et un bain froid. Une seconde vie sur les rails.
Photo : MaedaAkihiko, CC BY-SA 4.0, recadrée.
Normalement, lorsqu’un train de banlieue termine sa carrière, on retire ses sièges, on démonte ses équipements et on cherche une nouvelle destination pour sa carcasse. À Shimoyoshida, au pied du mont Fuji, un ancien train a droit à un avenir plus surprenant : il restera sur les rails, mais ses voyageurs viendront y prendre un sauna.
Le projet s’appelle SADEN, écrit サ電 en japonais, un jeu sur le mot sauna et le mot densha, « train électrique ». La compagnie Fujikyuko prépare ce nouvel établissement à la gare de Shimoyoshida, dans la ville de Fujiyoshida, préfecture de Yamanashi.
Il ne s’agit pas d’une voiture aménagée pour parcourir le pays. Le train restera immobile. Ce qui change, c’est ce que l’on viendra faire à son bord.
Une rame qui avait déjà vécu deux vies
Les voitures retenues appartiennent à la série 1000, formation 1001. Avant de rejoindre le réseau Fujikyu, elles avaient servi au sein de la compagnie Keio, dans la région de Tokyo. Elles ont commencé leur nouvelle carrière sur la ligne au pied du Fuji en 1994.
En 2012, leur livrée a même retrouvé les couleurs associées à leur époque Keio. Puis, le 15 décembre 2024, la rame a effectué son dernier jour de service régulier. Fujikyuko avait annoncé cette retraite plusieurs mois auparavant, après environ trente ans d’exploitation sur sa ligne.
L’idée de SADEN intervient donc après un véritable parcours ferroviaire. Ce n’est pas un décor neuf fabriqué pour ressembler à un train. C’est un véhicule qui a transporté des passagers pendant des décennies.
Dans la première cabine, des poignées comme dans le métro
Le 23 octobre 2026, Fujikyuko a dévoilé les visuels de trois espaces conçus pour le projet.
Le premier, appelé futsū ressha sauna (普通列車サウナ), s’inspire d’un train ordinaire : sièges en vis-à-vis, poignées suspendues et comptoir contre la fenêtre. L’occupant pourra s’asseoir comme s’il attendait sa gare, ou se tenir debout en s’accrochant à une poignée.
Le chauffage prévu est un poêle à bois. L’entreprise annonce aussi un système de vapeur automatique avec des effets inspirés de l’univers ferroviaire et un dispositif à actionner depuis la cabine de conduite. Les fenêtres devraient donner sur les quais et les trains en circulation : un rappel permanent de la première vie du bâtiment.
C’est là le défi du projet. Dans un vrai train, les sièges, les barres et les poignées sont conçus pour le transport. Dans un sauna, les matériaux, les distances de sécurité, la ventilation et les surfaces accessibles doivent répondre à d’autres contraintes. À ce stade, l’exploitant présente des intentions de conception, pas un lieu ouvert dont on aurait pu contrôler les détails techniques.
Une deuxième cabine pour se réchauffer allongé
Le deuxième espace change complètement d’ambiance. Le shindai ressha sauna (寝台列車サウナ) emprunte son vocabulaire aux voitures-lits.
On y prévoit des couchettes superposées permettant de se réchauffer en position allongée. Les niveaux n’offriront pas la même sensation de chaleur, puisque l’air chaud a tendance à s’accumuler en hauteur. Pour cet espace, Fujikyuko annonce un poêle électrique et la possibilité de verser soi-même de l’eau sur les pierres, selon les règles de l’établissement.
D’un côté, le train de tous les jours, avec ses poignées et son rythme de gare; de l’autre, une cabine inspirée du voyage de nuit. Deux façons de transformer des souvenirs de chemin de fer en expérience de chaleur.
La troisième étape est une baignoire froide
Entre les deux saunas, le projet prévoit un mizuburo ressha (水風呂列車), littéralement un « train-bain froid ». Le bassin annoncé fait environ 70 cm de profondeur. À proximité de la rame, une douche à seau devrait rappeler un passage à niveau.
Attention à un détail : trois espaces ne signifient pas trois wagons indépendants. La formation 1001 est une rame de deux voitures, dans laquelle la compagnie prévoit ces zones de sauna et de refroidissement.
Le parcours annoncé rejoint le rituel courant dans de nombreux établissements : chaleur, refroidissement et repos à l’air libre. Mais le bain froid n’est pas une obligation pour chaque visiteur. Notre guide du rituel chaud-froid rappelle qu’on peut se rafraîchir autrement.
Pourquoi conserver l’apparence d’un train ?
La transformation est intéressante parce qu’elle ne cherche pas à effacer l’origine du véhicule. Les poignées, les fenêtres, les sièges et l’idée du wagon-lit deviennent le langage même de l’architecture. Ce sont les détails qui distinguent SADEN d’un sauna classique posé à côté d’une gare.
La compagnie rattache aussi le projet à son centenaire et à son programme de saunas dans la région du Fuji. Elle présente SADEN comme la première installation permanente de sauna au Japon aménagée dans un ancien train de voyageurs, selon ses propres recherches. Cette revendication de première nationale reste celle de l’exploitant.
Le nouveau lieu est développé avec la participation du service japonais Sauna Ikitai et doit être exploité par PICA, société du groupe Fujikyu.
Peut-on déjà y aller ?
Non, pas encore au 24 octobre 2026. L’ouverture est annoncée pour la mi-décembre 2026, sans jour confirmé. La gare de Shimoyoshida se trouve au 2-8-12 Shimmachi, Fujiyoshida, Yamanashi, sur la ligne Fujikyuko.
La compagnie prévoit de publier les renseignements pratiques, dont tarifs, horaires et réservations, vers la fin novembre. Il faudra alors vérifier ce qui a réellement été construit et quelles parties sont accessibles au public.
Les images d’intérieur publiées avec l’annonce du 23 octobre sont des visualisations de projet, pas des photographies prises après l’ouverture. La photographie d’archive qui accompagne cet article montre la véritable formation 1001 lorsqu’elle circulait encore en 2019, avant sa transformation.
En attendant, le projet raconte déjà une histoire assez rare : un train prend sa retraite sans quitter sa gare et retrouve des voyageurs qui n’ont plus aucune intention d’aller quelque part.