Culture

Kurokawa Onsen : le village où les hôtels partagent leurs bains

Depuis 1986, un petit pass en bois permet de visiter les bains de plusieurs auberges à Kurokawa Onsen. L'idée est née pour sauver deux établissements.

Photo de lecteur

Partager une photo

Pour l'article « Kurokawa Onsen : le village où les hôtels partagent leurs bains ». Nous vérifierons la photo avant toute publication.

Imaginez une trentaine d’auberges dans un village de montagne. Certaines ont un magnifique bain extérieur, d’autres n’ont même pas assez de terrain pour en construire un. On pourrait laisser chaque hôtel se débrouiller. À Kurokawa Onsen, dans la préfecture de Kumamoto, les hôteliers ont choisi une solution beaucoup plus originale : partager les bains du village.

L’objet qui rend cette entente possible tient dans une main. C’est un disque de bois appelé nyūtō tegata, un laissez-passer pour les bains thermaux.

Kurokawa Onsen Centre d'information · Kumamoto, Japon Google Maps

Une idée née d’un problème très concret

Après la guerre, Kurokawa a grandi modestement autour de quelques auberges. Dans les années 1960 et 1970, le village n’avait pas la puissance touristique d’autres stations de Kyūshū.

Les hôteliers se sont alors concentrés sur les bains extérieurs et la qualité du paysage. Mais deux établissements ne disposaient pas de l’espace nécessaire pour aménager un bain en plein air. Selon l’histoire racontée par l’association locale, c’est notamment pour ne pas les laisser de côté qu’est né, en 1986, le système des passes communs en bois.

Avec un seul pass, un visiteur pouvait essayer les bains de différentes auberges, même sans y passer la nuit. Au lieu de vendre seulement sa propre installation, chaque établissement participait à une expérience collective.

Un village qui se présente comme une seule auberge

Les habitants ont poussé la logique encore plus loin avec la formule « Kurokawa Onsen Ichiryokan », c’est-à-dire l’ensemble du village considéré comme une seule grande auberge.

Dans cette image, les trente établissements sont des chambres séparées, les sentiers deviennent des couloirs et les arbres jouent le rôle d’un jardin commun. Ce n’est pas simplement un slogan. Les hôteliers ont supprimé des panneaux disparates, adopté une signalétique cohérente et travaillé ensemble à la plantation d’arbres.

Tout le monde ne possède pas le même bain, mais tout le monde bénéficie d’un village où l’on a envie de marcher.

Comment fonctionne le pass aujourd’hui?

D’après l’association de Kurokawa, le disque en bois permet actuellement de choisir trois prestations parmi les établissements participants, généralement trois bains extérieurs. Il est aussi possible d’utiliser une des trois prestations pour de la restauration ou un souvenir. Les règles et les établissements accessibles peuvent évoluer.

Le site officiel indique un prix de 1 500 yens pour un adulte, une validité de six mois et environ 25 bains extérieurs participants au moment de la vérification. Il faut donc consulter la liste avant une visite. Il ne s’agit pas d’un passeport donnant libre accès, sans limite, à toutes les installations.

Une fois les visites terminées, le disque peut être conservé en souvenir. Ce petit objet rappelle qu’une station thermale est aussi un ensemble de relations entre commerçants, hôteliers et visiteurs.

Quarante ans plus tard

En 2026, le tegata fête 40 ans. Le village a lancé une édition commémorative du pass et des activités liées à cet anniversaire. Le 21 octobre 2026, la coopérative des auberges a reçu le prix spécial Yudō pour son système collectif et la culture de la promenade entre bains. La cérémonie est annoncée pour le 26 novembre.

Pour un lecteur québécois, le plus intéressant n’est pas de copier le disque de bois. C’est le principe derrière : plusieurs petites entreprises peuvent fabriquer une destination plus forte ensemble qu’avec des installations isolées et des panneaux publicitaires qui se disputent chaque visiteur.

Ce sont des onsen, pas des saunas finlandais. Notre article sur le yudō et la culture japonaise du bain explique ce contexte.

Sources