Hinoki Soken : comment fabriquer une baignoire en bois qui dure
Dans la préfecture de Gifu, Hinoki Soken mêle travail du cyprès japonais et couches d'étanchéité modernes. Un métier traditionnel loin d'être simple.
Une baignoire en bois a une faiblesse assez évidente : elle doit contenir de l’eau sans perdre les qualités du matériau qui lui donnent tout son intérêt. Le bois gonfle, sèche, travaille et demande de l’entretien. Hinoki Soken, installé à Nakatsugawa dans la préfecture japonaise de Gifu, a construit son métier autour de cette contradiction.
La firme travaille surtout le hinoki, un cyprès japonais associé depuis longtemps aux bains. Mais elle ne se contente pas de reproduire les cuves d’autrefois.
Hinoki Soken Google MapsLe bois ne doit pas être seulement beau le jour de l’installation
Le hinoki est apprécié pour sa texture, son aspect et son odeur. Dans une salle de bains, ces qualités se heurtent à l’humidité permanente, aux variations de température et au nettoyage.
Une cuve traditionnelle peut reposer sur des assemblages de bois et, pour certaines formes rondes, sur des cerclages métalliques qui maintiennent les éléments ensemble. L’atelier moderne doit aussi penser à la pose, à la plomberie, au poids de l’ensemble et au comportement du matériau après plusieurs années.
La question pratique n’est donc pas seulement « est-ce du vrai bois? », mais comment la cuve reste-t-elle étanche et comment peut-on l’entretenir?
O-Bath : une forme courbe sans cerclage métallique apparent
Fondée en 1993, Hinoki Soken a commencé son activité sous sa forme actuelle en 1994 et s’est spécialisée dans les baignoires en bois. Elle a développé différentes gammes pour les résidences, les hôtels et les installations thermales.
Sa collection O-Bath illustre une évolution technique précise. Selon le fabricant, une couche interne d’étanchéité en FRP, matériau composite renforcé de fibres, permet de réaliser des formes arrondies sans le cerclage métallique traditionnel indispensable à certaines constructions de cuves en bois.
Ce n’est pas une baignoire « purement ancestrale ». C’est une conception hybride, où le bois procure le contact et l’apparence recherchés, tandis qu’un composite participe à la structure étanche. Le produit exact et ses détails d’assemblage doivent toujours être vérifiés avant de tirer des conclusions sur sa réparation ou sa durabilité.
Une baignoire en bois, cela s’entretient
Le fabricant recommande notamment le nettoyage avec une éponge douce, le rinçage, l’évacuation de l’eau après usage et la ventilation de la salle de bains. Il déconseille de laisser l’eau ou la chaleur humide stagner inutilement et rappelle qu’un séchage excessif sous le soleil direct peut également nuire au bois.
C’est ce qui rend le métier intéressant pour quelqu’un habitué aux saunas : le choix du matériau n’est jamais dissocié de son environnement. Une belle essence ne compense pas une mauvaise gestion de l’humidité.
Il ne faut pas transposer mécaniquement les consignes d’une baignoire en bois à un banc ou à un revêtement de sauna, dont les conditions de chaleur et d’usage sont différentes.
Du petit atelier à Milan
Hinoki Soken a présenté son travail à des salons internationaux de design, notamment à Milan. Son catalogue cherche ainsi un équilibre entre artisanat régional, objets haut de gamme et contraintes de fabrication.
Le 21 octobre 2026, l’entreprise a été désignée lauréate du prix Yudō de l’artisanat, remis lors d’une cérémonie prévue le 26 novembre. Le jury a salué autant ses techniques de fabrication que la diffusion de la culture japonaise du bain.
C’est une récompense culturelle, pas une certification garantissant la performance ou l’absence d’entretien d’un modèle particulier. Ce qui mérite d’être retenu, c’est que préserver un métier peut aussi vouloir dire modifier intelligemment sa technique.
Pour comprendre la place des artisans dans ce mouvement, voir notre article sur le yudō au Japon.