Bains publics de Montréal : quand il fallait sortir pour se laver
Au début du XXe siècle, beaucoup de logements montréalais n’avaient pas de bain. Découvrez pourquoi la ville a construit 23 bains publics.
Photo : Thomas1313, CC BY-SA 3.0, recadrée.
Vous avez déjà remarqué les mots « BAIN PUBLIC » gravés sur de vieux bâtiments de Montréal? Aujourd’hui, on pense à une piscine municipale. Il y a un siècle, ça voulait dire quelque chose de plus simple : pour prendre un bain, il fallait parfois sortir de chez soi.
En 1905, selon un rapport municipal cité par l’Écomusée du fier monde, 75 % des logements des quartiers populaires n’avaient ni baignoire ni douche. Avoir l’eau courante ne signifiait pas qu’on avait de l’eau chaude et une salle de bain.
Au début, se laver pouvait vouloir dire entrer dans le canal
Montréal aménage ses premiers bains publics dès les années 1880. Il y a notamment une plage sur l’île Sainte-Hélène, un bassin à Hochelaga et un autre dans le canal de Lachine.
L’idée est d’améliorer l’hygiène. Le détail moins rassurant, c’est que les baigneurs entrent parfois dans une eau déjà polluée. La ville finit par construire un premier bain couvert en 1901, puis un établissement chauffé, utilisable toute l’année, en 1908. Le MEM – Centre des mémoires montréalaises raconte cette transition.
Des façades de palais pour prendre une douche
Entre 1883 et 1933, Montréal aménage 23 bains publics, selon les Archives de Montréal. Les bâtiments se multiplient surtout dans les quartiers ouvriers. Leur construction sert aussi à donner du travail pendant la Grande Dépression.
Certains ont une allure plutôt spectaculaire. Le bain Maisonneuve, inauguré en 1916 et maintenant connu sous le nom de Bain Morgan, se distingue par ses colonnes, ses grandes portes et ses sculptures. L’équipement répondait pourtant à un besoin très ordinaire.
Et tous les habitants n’y entraient pas aux mêmes moments. Au bain Généreux, inauguré en 1927, les femmes avaient accès aux installations le mardi et le jeudi seulement, rapporte l’Écomusée. Ce n’était pas exactement un service municipal universel au sens où on l’entend aujourd’hui.
Les baignoires arrivent. Les mots restent.
Quand les appartements commencent à avoir leurs propres salles de bain, les établissements municipaux se transforment. On vient désormais davantage pour nager que pour se laver.
Le Bain Morgan est toujours présenté par la Ville de Montréal comme une piscine municipale. L’ancien bain Généreux, fermé comme piscine en 1992, abrite l’Écomusée du fier monde depuis 1996.
La prochaine fois que vous verrez le mot bain taillé dans une façade de Montréal, pensez-y : ce qui ressemble aujourd’hui à un simple nom de piscine rappelle une époque où avoir une baignoire à la maison était encore un privilège.